La légende de Sainte Avoye

 

Avoye, Avia, Aurée, Auréa, Ave, Eve, suivant les lieux, suivant les dates, on la connaît et on l'invoque sous ces différents noms. On n'est pas plus précis sur l'époque de sa vie : troisième siècle, cinquième siècle ? Les Jésuites du XVllème siècle en ont pourtant donné une biographie.

Avoye naît en Sicile au début du Ille siècle, d'un père Sicilien nommé Quintien, idolâtre, et d'une mère baptisée, originaire de Bretagne "en l'lle", nommée Gérasine. Avoye a huit frères et soeurs. La maman réussit à convertir son époux à la religion chrétienne. Avoye, cependant, surpasse tous les autres enfants par sa ferveur ! Elle est aussi la plus belle ; d'une beauté qui touche à la perfection ; une beauté qui ne passe pas inaperçue. L'adolescente s'en rend compte, mais dès ce jeune âge elle a décidé de se consacrer à Dieu. Dans sa candeur, elle le prie de la rendre laide, afin de l'aider à rester fidèle à son voeu. Comme cette prière ne reçoit pas l'agrément du ciel, elle décide de vivre cachée, hors du monde.

Vers 234, (d'autres disent en 451 !) sa mère se rend en Grande‑Bretagne pour assister au mariage de sa propre nièce, Ursule. A la supplication de Gérasine, Avoye suit sa mère et toutes les deux débarquent en Cornouailles.

Or, Ursule poursuit le même idéal que sa cousine. Afin d'éviter ses noces, elle s'embarque suivie de sa petite cousine et d'un cortège impressionnant de onze mille jeunes vierges (pas moins !) qui devaient l'accompagner à l'autel. Le vent conduit la flottille jusqu'à Cologne où une affreuse horde de Huns massacre les équipages. Sainte Avoye échappe au carnage,  un chef barbare l'ayant repérée en vue de l'épouser ‑ (d’autres diront que c'était pour lui faire subir plus d'outrages et plus de cruautés qu'à toutes ses autres compagnes). Pour l'amener à sa merci, il l'emprisonne, la privant de toute nourriture. Mais voici qu'un ange de Dieu vient secourir l'infortunée jeune fille, éclairant de sa présence le sombre cachot où elle gît, tandis que la Vierge vient elle‑même nourrir la prisonnière en lui apportant chaque semaine trois "petits pains pétris par la main des anges".

Comment fut‑elle délivrée ? Miraculeusement sans doute, et nous retrouvons notre héroïne près de Boulogne où elle a débarqué et où elle se cache dans un bois près de Divernie.

Une nouvelle fois la pauvre petite est découverte par des barbares qui vont s'employer à la martyriser avec un raffinement de cruauté incroyable. On la fouette avec des scorpions (?) et des verges ; ses os sont à nu, on enfonce dans ses plaies "une haire piquante" ainsi que "du sel fondu tout bouillant", on lui coupe les seins avec ‑ pour plus de sadisme ‑ des couteaux émoussés, enfin, on l'achève en lui tranchant le cou. Les hagiographes arrêtent ainsi l'horrible et glorieuse fin de Ste Avoye.

Mais pour nous, l'histoire n'est pas terminée. Une antique tradition rapporte en effet que Sainte Avoye apparut un jour en notre pays de "Pleumelée (ou Ploenerec) près d'Aulray en Bretaigne au diocèse de Vennes et qu'elle sanctifia en les bénissant une pierre et une fontaine sur le bord de la mer". Cet épisode nous est aussi présenté autrement : Sainte Aurée, à bord d'un coracle lesté d'une grosse pierre sommairement creusée accosta au fond de notre ria du Sal. Avec le temps le coracle fait de branches tressées et de peaux de bêtes disparut, ne laissant en témoignage du passage de la sainte que la pierre de lest, toujours conservée et que l'on nomme encore "le bateau de Sainte Avoye".

Au XVIe siècle, des Seigneurs du pays bâtirent une magnifique chapelle, peut-être pour servir d'écrin à la pierre. De nos jours encore, on visite Sainte Avoye en sa chapelle et l'on y amène les petits enfants "pour les faire marcher et donner force à leurs jambes". A cet effet, on les fait asseoir, le bas du dos à nu, et on leur frotte les reins contre la pierre. Des touristes, amoureux du patrimoine, viennent admirer la chapelle et spécialement son merveilleux jubé. Pour ceux que l'héraldique intéresse, disons enfin qu'ils y trouveront, "surmontant la porte du sud, l'écu des Lestrelin, et qu'une fenêtre du même côté, porte le losange des Auray de Kermadio".

 

 retour page accueil